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Presse2018-10-02T09:57:26+00:00

Charles-Henri Alloncle : « La politique doit redevenir un service que l’on rend aux Français » (Entretien Le Point)

ENTRETIEN. Candidat à la tête des Jeunes Républicains, l’ex-président des Jeunes avec Sarkozy devra, s’il est élu, reconstruire un mouvement en ruine.

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Modifié le – Publié le | Le Point.fr

Comme leurs aînés de la rue de Vaugirard, ils sont en ruines. Les Jeunes Républicains sont en campagne, et elle sera brève. Très brève. D’autant plus qu’elle ne mobilisera que peu de militants tant la faction des LR a vu le nombre de ses adhérents chuter depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron. Preuve, s’il en fallait, le scrutin du 13 octobre n’opposera que deux candidats : Aurane Reihanian, l’ancien patron des Jeunes avec Laurent Wauquiez, et Charles-Henri Alloncle, ex-président des Jeunes avec Nicolas Sarkozy qui a officialisé sa candidature samedi dernier lors de la fête de la Violette. À 24 ans, le premier est considéré comme le «  chouchou  » du chef des Républicains, mais pâtira de quelques propos polémiques comme ceux tenus sur les enfants issus de PMA «  qui ne devraient même pas exister  ». Son adversaire n’a pas plus l’avantage, mais pourrait bien surfer sur la popularité en interne de celui qu’il a toujours soutenu : Nicolas Sarkozy. Une chose est sûre, ils devront reconstruire le mouvement de jeunesse qui a vu seulement 9 % des 18-24 ans voter pour François Fillon. Face à la popularité d’Emmanuel Macron parmi l’électorat de droite, il semble bien difficile d’être un jeune de droite. Charles-Henri Alloncle (24 ans également), lui, ne perd pas espoir et donne sa vision.

Le Point : Pourquoi êtes-vous candidat à la présidence des Jeunes Républicains ?

Charles-Henri Alloncle : J’ai fait le choix de me porter candidat à la tête des Jeunes Républicains pour donner un nouveau souffle à notre mouvement. L’image des Jeunes Républicains a été tant dégradée ces derniers temps ! Sans compter la chute du nombre d’adhérents, l’abandon des fédérations départementales, les guerres d’ego et les buzz inutiles dans les médias. Ce constat accablant doit nous obliger à faire preuve d’humilité et de rassemblement. J’ai donc réuni autour du moi une équipe de nouveaux talents. Il y a des apprentis, des lycéens, des jeunes entrepreneurs, des étudiants, des personnes en recherche d’emploi et des salariés. Nous militons par passion et sur notre temps libre. Nous ne sommes ni collaborateurs d’élus ni politiciens à plein temps. Je crois que la politique doit redevenir un service que l’on rend aux Français.

Avez-vous vos parrainages ?

Nous nous attendions à les obtenir, et les marques de soutien reçues ces derniers jours dépassent largement nos espoirs. Nous ressentons un véritable engouement dans tous les territoires notamment de la part de jeunes adhérents venus des Hauts-de-France, de la région Paca, la Bourgogne, la Bretagne, l’Aquitaine ou encore la Meurthe-et-Moselle où je suis né. Ce sont parfois des gens que les récentes polémiques avaient éloignés de notre mouvement.

Vous serez opposé à l’ancien président des Jeunes avec Wauquiez, considéré comme le chouchou du président de LR. Sur quels thèmes vous opposez-vous à lui ?

Laurent Wauquiez a souhaité organiser une élection qui permettra à au moins deux équipes de se présenter et d’offrir un vrai débat d’idées. Il n’a pris position pour aucun candidat en particulier. Il accueille avec beaucoup de bienveillance notre initiative. Comme Flora Sabbagh qui était sa porte-parole jeune et avec qui je fais campagne, j’ai soutenu Laurent Wauquiez lors de l’élection à la tête des Républicains. Je suis fier de sa ligne et de notre équipe dirigeante. Le débat entre Aurane et nous concerne donc les méthodes et notre vision de l’engagement politique chez les jeunes. Notre nouvelle génération souhaite en finir avec les pratiques d’un autre temps, de ceux qui à 25 ans font campagne tout en étant payés par l’argent du contribuable et sont déjà déconnectés des jeunes de leur âge.

Beaucoup de jeunes ont déserté Les Républicains, un grand nombre s’en allant vers Emmanuel Macron, d’autres vers Marine Le Pen. Comment les ramener au bercail ?

L’élection d’Emmanuel Macron a suscité un certain espoir chez une partie de nos jeunes, c’est indéniable : en élisant un président trentenaire, plus volontaire que son prédécesseur et avec une expérience dans le secteur privé, certains ont cru avoir un président qui leur ressemble. Mais l’état de grâce est passé et les illusions se dissipent peu à peu : la reprise économique est en panne, le chômage augmente de nouveau, les flux migratoires ne sont pas mieux régulés, les milieux et derniers de cordée sont toujours plus isolés, le pouvoir d’achat stagne et les impôts ne baissent pas. On pensait qu’Emmanuel Macron serait capable de prendre des décisions courageuses, qui trancheraient avec le consensus mou de son prédécesseur, mais on découvre les limites du «  en même temps  » et d’une majorité hétéroclite pour ne pas dire incohérente. On pensait qu’il allait renouer avec une conception gaullienne de la présidence, mais la seule distance qu’il manifeste est celle d’un éloignement par rapport au réel. Sa réaction pleine de mépris face au jeune horticulteur en est la preuve.

Quant aux jeunes qui nous ont quittés pour le Rassemblement national, ils ne sont pas si nombreux. C’est en n’évitant aucun sujet et en proposant des solutions crédibles pour réduire l’insécurité culturelle et les fractures territoriales que nous parviendrons à les reconquérir.

Erik Tegner, dont la candidature ne devrait pas aboutir, a tenté de mobiliser sur l’union des droites. Que lui dites-vous ?

Erik est tout à fait libre de mener la campagne qu’il souhaite et d’affirmer ses convictions. Laurent Wauquiez l’a encore rappelé, nous ne pouvons pas nous permettre d’exclure ni de pointer du doigt lorsque les sujets dérangent. Je ne refuserai jamais de confronter mes idées avec lui.

Emmanuel Macron a su séduire la jeunesse de droite, c’est quoi être jeune de droite dans le « nouveau monde » politique ?

Je ne suis pas certain que l’on puisse parler de « nouveau monde » politique : les derniers mois ont montré que les pratiques au sommet de l’État n’ont pas vraiment changé… Je suis même choqué par cette forme de désinvolture manifestée par les membres du gouvernement : un ministre d’État qui démissionne sans prévenir le président, un ministre de l’Intérieur qui travaille davantage pour sa prochaine campagne électorale que pour assurer la sécurité des Français, un secrétaire d’État chargé du numérique qui a les yeux rivés sur la ville de Paris alors que les « zones blanches » sont encore nombreuses sur notre territoire. S’il y a un « nouveau monde », c’est plutôt celui de l’économie globale, de la réduction des distances et de l’accélération des innovations technologiques. Un jeune de droite n’est pas contre ce nouveau monde, il ne s’oppose ni à l’économie de marché ni au progrès technique. Cependant, il veut pouvoir y préserver un cadre de vie, un mode de vie, une « certaine idée de la France ».

Identité, libéralisme, tradition… Quelles sont ses valeurs ?

Le jeune de droite ne limite pas son intérêt aux « premiers de cordée ». Il veut mettre l’accent sur la valeur travail et le mérite. C’est cela qui crée les conditions de l’exigence et de l’excellence, mais aussi de l’innovation dans l’économie. Notre attention n’est pas focalisée uniquement sur les grandes villes et le secteur tertiaire. On est attachés à la cohésion territoriale de la France, à l’économie rurale, à ces paysages qui font la beauté de notre pays.

On n’est donc pas obsédé par la mobilité. Bien sûr, l’économie suppose un certain mouvement, une capacité à s’adapter et à innover, mais cela n’implique pas de vivre sans racines, sans traditions, sans identité. Le citoyen de droite est profondément réaliste, pragmatique, enraciné dans un temps et dans un lieu, désireux de conserver ce qu’il a reçu en héritage moral, et de transmettre ce qu’il a gagné par son travail. Il y a un attachement à la continuité et à la sécurité qui explique que nous soyons patriotes, que nous protégions avec raison nos frontières. Nous attendons aussi de la nation qu’elle assimile les étrangers qui respectent son mode de vie et son modèle de civilisation. La droite est la gardienne de l’identité nationale, parce qu’elle sait qu’une nation qui oublie son passé ne peut pas maîtriser son avenir. Elle est, en quelque sorte, la gardienne de l’unité nationale, parce qu’elle veut conserver ce qui crée du commun, les repères anthropologiques et historiques qui fondent une nation et une civilisation.

Laurent Wauquiez a vivement été critiqué au sein de votre famille politique, serez-vous légitimiste ou porterez-vous un regard critique comme veut le faire Valérie Pécresse ?

Les militants ont tranché la ligne de notre mouvement lors des élections à la tête des Républicains. J’ai moi-même voté pour Laurent Wauquiez et tiens à ce que Les Républicains ne se désunissent pas. L’exemple peut venir des jeunes, notre équipe incarne d’ailleurs très bien le rassemblement au service de nos idées et non de nos ego. Le rôle des Jeunes Républicains n’est pas de distribuer des bons ou des mauvais points aux élus de notre parti, mais plutôt d’être une pépinière de talents et un centre de formation de nos militants sur lesquels tous nos élus pourront s’appuyer.

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